
Pour les sociologues ou anthropologues de l’alimentation, les livres pour enfants sont un objet d’étude qui n’a pas encore livré tout son suc… Emilie Salvat (*) s’est attelée à la tâche. Les livres pour enfants sur les aliments symbolisent et font rêver, mais aussi instruisent et parfois « configurent » les jeunes générations. Ils sont aujourd’hui le reflet des conceptions et des comportements alimentaires du moment, y compris de nos interdits et de nos peurs.
Les livres pour enfants sont un media comme les autres : un moyen d’expression s’attribuant la charge de refléter ou de transmettre des conceptions et des valeurs sociales réputées admises… A l’origine, traités de savoir-vivre ou de savoir-faire, ils sont aujourd’hui des vecteurs de socialisation, chargés de véhiculer les normes de la société et d’inciter l’enfant à les incorporer.
Au « rayon alimentation », beaucoup de livres actuellement offrent des stratégies d’apprentissage des normes nutritionnelles, analyse Emilie Salvat.
Ce sont surtout des documentaires ou des fictions prônant l’équilibre alimentaire. On trouve aussi des livres où l’aliment est utilisé pour sa charge symbolique, culturelle, ou encore onirique, imaginaire…
L’aliment dans les contes Le champignon est ainsi source de magie et de transformation dans
Alice au pays des merveilles.
Il en est de même pour la citrouille, qui devient un carrosse dans
Cendrillon, ou pour le haricot dans
Jacques et le haricot magique. Mais l’aliment peut aussi être dangereux, comme la pomme empoisonnée dans
Blanche Neige. Ou constituer une épreuve, comme le petit pois dans La princesse au petit pois ou le gâteau dans
Peau d’âne. Dans ces livres, l’aliment est un moyen d’interaction, d’échange, de communication.
Stéréotypes normatifs L’alimentation en tant que telle est abordée de manière plus précise avec
Mme Dodue, la plus belle pour aller danser. Mme Dodue cherche à passer une robe trop serrée et doit suivre un régime draconien : un spaghetti par jour. Quand elle ...
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